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Tous vos témoignages

Je suis frontalière en Suisse. Habituellement, je mets 30mn pour aller au travail. Le restaurant du Centre Commercial où je travaille est fermé depuis vendredi dernier. Comme je fais partie d’un grand groupe (Migros, équivalent à Auchan ou Leclerc), je suis transférée dans un autre magasin en renfort de caisse. Pas de chômage technique chez nous, ni de télétravail bien évidemment.
Les entreprises horlogères sont pour la plupart fermées ou en effectif très réduit, mais comme certaines douanes sont fermées, il y a énormément de monde aux frontières. Lundi, je suis partie à 5h30, je suis restée 1h30 dans les bouchons. Maintenant, je pars a 5h, personne sur la route, j’arrive à 5h30 au travail, je ne prends qu’à 7h. Et termine à 19h15.
Toute la journée, je croise des clients, certains inquiets, d’autres blasés par la situation.
En caisse, nous devons obligatoirement mettre des gants. Une visière nous est également proposée mais étant légèrement claustrophobe, j’ai de la peine à le garder plus d’une heure. Alors tant pis, je prends un risque supplémentaire, je reste à bonne distance des gens. Hier, vers 18h30, une cliente, sans masque ni protection particulière, me dit qu’elle sort juste de confinement. Elle a été positive au Covid il y a 15 jours et reprend le travail aujourd’hui. J’ai senti mon cœur s’emballer.
A titre perso, j’ai 2 enfants. 2 garçons de 10 et 5 ans. Bien avant le confinement, le samedi 14 mars, avec mon mari, nous avons emmené nos enfants chez mes beaux-parents, à 400km de chez nous. “Juste une semaine ou 2 les enfants, histoire que ça passe, ce sera comme en vacances”. Je ne sais pas qui j’essayais de convaincre… Aujourd’hui avec le confinement, je ne peux pas prendre la route pour aller chercher mes enfants. Et puis avec mes beaux-parents, 60 et 70 ans, est-ce bien raisonnable d’être en contact en ce moment avec eux ?
Les journées sont longues au travail, et interminables sans mes enfants…
Je pleure souvent, de peur, de frustration, de solitude. J’ai de la peine à manger tellement je me sens nouée par cette situation. J’ai subi une grosse opération en janvier, ai perdu énormément de poids et mon système immunitaire est très faible.
Le Gouvernement prévoit une sortie de confinement en mai, 1 mois 1/2 sans mes enfants, j’en pleure encore tellement j’ai mal.

Aurélie
Vendeuse en gastronomie
25 mars 2020

Bonjour,

Je m’appelle Jessica, j’aurai 32 ans le 8 mai et suis maman de 3 enfants, et un mari super 🙂 Je me souviens des premières informations qu’on avait de la situation à Wuhan, des images choc, une ville confinée, surveillée par les militaires… Tout a commencé à ce moment-là, une angoisse qui a pris sa place au fond de moi. Je me disais qu’ils allaient gérer la situation, sans que cela ne nous atteigne, mais au fond de moi, je savais pertinemment que ce n’était pas possible. Nous sommes des millions à voyager tous les jours… Le virus allait tôt ou tard venir chez nous ! Je suivais toujours les actualités et quand j’ai appris qu’il y avait un cas sur le territoire français, je me suis dit “ça y est, on va être comme Wuhan, le virus va nous atteindre par milliers”, et on est dans cette situation le 25 mars 2020 ! J’ai mal pour tous nos médecins, personnels soignants, pompiers, ambulanciers, qui se battent avec peu de moyens pour faire vivre et guérir des milliers de personnes ! Sachant qu’ils se mettent en danger eux-mêmes pour le bien de notre santé ! Je suis confinée avec mes enfants, j’ai la santé fragile et vulnérable vis-à-vis de ce virus. S’il m’atteint, je risque d’atteindre une forme sévère. J’ai peur, j’ai énormément peur, que ce virus rentre chez moi. Nos journées n’ont rien d’une atmosphère de vacances. On est inquiets, touchés par ce qui se passe. On fait la classe aux plus grands, heureusement qu’ils ont des plannings chargés. Ça nous permet de retourner en enfance, et de changer nos idées. On passe du temps à jouer avec eux, à renforcer nos liens, donner beaucoup d’amour. Ah aussi, on dort mal, je fais même des cauchemars. Je vois mes enfants souffrants et que je ne peux rien faire, c’est horrible, je sursaute pleine de sueur. Notre présent, c’est cela. On vit le printemps à la maison. Une fois les fenêtres ouvertes, on entend le chant des oiseaux. J’aimerais tellement être à leur place, être libre et sereine dehors. Dehors, je ne peux pas y aller car j’ai peur que le Covid-19 soit face à moi. Il peut être partout, chez n’importe qui, sur n’importe quoi, c’est pas pour rien qu’on l’appelle l’ennemi invisible ! Un jour, retrouverons-nous notre vie d’avant ? Ça me manque tellement d’aller au boulot, de rentrer fatiguée, de courir entre devoirs, repas, courses… nos sorties et activités du weekend… Je pense au futur, j’espère qu’il sera meilleur, qu’on viendra à bout de la pandémie. Je prie pour que les malades aillent mieux, guérissent. Je prie pour les familles des défunts, courage à eux. Je prie pour que le corps médical ait force courage. Une pensée aussi à ceux qui sont confinés seuls, courage, patience ! Que tout le monde fasse attention à soi et ses proches. Il n’y a qu’une seule vérité et sans solution sur terre, c’est la Mort. Ne vous mettez pas en risque, prenez soin de vous. Jessica

DEGERLI
Opératrice salle blanche
25 mars 2020

Vendredi 13, jour de chance disent-ils…
Le virus s’est installé en France. On en avait d’abord entendu parler de loin, comme une “simple grippe”. Elle paraissait tellement loin qu’on ne s’attendait pas à ce qu’elle franchisse les frontières si vite. Le stress et la panique commencent à monter dans l’esprit des gens. Le magasin est rempli, les gens achètent tout en quantité astronomique. Des pâtes, du papier toilette, des boîtes de conserve. Pour l’instant, pas d’inquiétude pour moi, j’ai confiance.

Dimanche 15, derniers moments en famille.
Nous profitons sans vraiment penser à ce virus. Nous allons même profiter du soleil, et faisons une belle petite promenade.

Lundi 16,
Le magasin est bondé. Les rayons sont vides. Mais qu’est-ce qu’ils achètent ? Qu’est-ce qu’ils arrivent encore à trouver en rayon ? La panique a monté d’un cran. Nous sommes appelés en renfort caisse. Quelques personnes portent des masques, des gants, prennent leurs distances. Moi, je n’ai que des gants, et je me dis qu’avoir des gants ne me rassure pas vraiment… Si le virus se transmet par le contact, les gants ne me protègent en rien. Une cliente me conseille de ne pas porter mes mains à mon visage… Mais c’est un pur réflexe. Une mèche de cheveux à remettre, une réflexion avec les mains sur le menton… Des habitudes…
Le stress des clients m’envahit… Devrais-je peut-être faire le plein de courses ? Et si on finissait par tous être enfermés chez nous ? Et si…? Et si…? Je ne montre rien et garde le sourire. Car dans un magasin, c’est ça le plus dur : rester souriant en toute circonstance…
Le soir même, Monsieur Macron fait son élocution. Il annonce que nous sommes en guerre, qu’à partir du mardi midi, il y aura un confinement à respecter…

Mardi 17,
Je me réveille un peu perplexe. Comment ça va se passer avant midi ? Sans aucun doute, le monde a envahi le magasin. Nous sommes appelés en renfort mise en rayon de l’épicerie. Nous n’avons pas le temps de mettre en rayon que les gens se servent dans les palettes.
Quel boulot !
Plus on approche de midi, plus cela se calme. Je ne sais plus quoi penser. Doit-on s’inquiéter ?
Nos rayons sont vides, l’état de nos stocks est équivalent à zéro. La marchandise n’arrivera pas dans tous les rayons. L’alimentaire est prioritaire. Les feuilles de papier, les cartouches d’encre sont en rupture. L’école est à la maison, les feuilles pour chaque déplacement sont à imprimer. Vive l’écologie ! On se fait incendier : “c’est inadmissible !”, “quand est-ce que cela va arriver ?”.
Nous ne savons pas.
L’après-midi et le restant de la semaine, le flux des clients a diminué. Mais il y en a toujours… Je voudrais être comme eux, pouvoir rester à la maison et, par ce fait, éviter de croiser ce virus. Mais hélas, nous ne pouvons pas. Toute la semaine, je vois mes collègues du Drive courir. Les commandes affluent en nombre.

Nous sommes le mardi 24, un weekend sur le canapé. Eh oui, en appartement le tour est vite fait. Ma famille me manque, mais pour leur bien je dois rester loin d’eux. Je n’ai jamais passé deux jours sans voir l’un d’entre eux. Et là c’est trop dur. Pour ce qui est du travail, le magasin n’est jamais vide. Il y a toujours des clients. Nous n’avons toujours que des gants comme protection, et nous arrivons à la fin du stock…
J’ai peur. Je ne sais pas où on va. Ni quand tout ça s’arrêtera. Moi qui prévois toujours tout dans ma vie, là c’est raté. J’espère une seule chose, que personne de mon entourage ne soit victime de ce virus. Et j’aimerais par-dessus tout que cela se termine, qu’on puisse reprendre notre vie comme avant. Avec cette liberté d’aller voir qui nous voulons, à l’heure que nous voulons, d’aller au travail sans avoir à remplir un papier. Je suis heureuse d’aller travailler, de remplir des rayons pour que les autres puissent se nourrir.

Aurore
Employé libre service
24 mars 2020

Étant dans le commerce, j’ai pris conscience de la gravité de la situation en voyant de plus en plus de clients avec des masques de protection.
Au début, ça m’a fait peur et puis je me suis habitué. Ce matin, en lisant le journal, je me rends compte que 6 de mes clients figurent dans les avis de décès. J’ai également remarqué qu’une forme de solidarité incroyable s’était créée entre les personnes de ma ville. Des rues quasiment désertes avec un calme incroyable. Mon quotidien avait complètement changé en quelques jours.

Guillaume
Chef des ventes
24 mars 2020

Nous sommes le 24 mars. Cela fait une semaine aujourd’hui que je suis confinée avec mes enfants à la maison. Je dis “confinée” mais en réalité nous ne sommes qu’à moitié confinés car mon mari va travailler tous les jours pour permettre aux gens de se nourrir. Je suis fière de lui et de son courage d’aller affronter ce virus. Par contre, j’ai peur. J’ai peur qu’il nous ramène ce virus à la maison et que mes bébés, mon mari ou moi soyons touchés. J’ai peur pour ma sœur qui est infirmière en milieu hospitalier. J’ai peur pour mes parents, mes neveux et pour mes proches. J’essaie de m’enlever cette peur mais impossible. Heureusement, mes enfants ne s’en rendent pas compte et vivent cette période de confinement comme des vacances mais avec les devoirs en plus. Je leur laisse plus de liberté, je passe énormément de temps avec eux et je me régale de ces moments magiques. Nous devons encore vivre plusieurs semaines avec la menace de ce virus. J’espère que le traitement du Professeur Raoult s’avérera être le bon remède et que, grâce à lui, des milliers de gens seront sauvés. Bon courage à tous. Prenez soin de vous et de vos proches.

Sandy
Commercial
24 mars 2020

Je suis aide soignant en ems (Ehpad) en Suisse.
Je suis papa, conjoint
Je suis un soignant, j’ai fait le choix de ce métier et j’en accepte les risques.

Je ne suis pas en première ligne comme les soignants des hôpitaux (médecins, infirmiers, aide-soignants, agents de service hospitalier), les pompiers, les policiers, les ambulanciers, les éducateurs, le personnel des pharmacies et des magasins d’alimentation…

Ma ligne de front à moi, elle n’est pas dans la peur d’être contaminé mais dans la peur de contaminer !!!

Si seulement les personnes pouvaient comprendre et ressentir cette peur qui me tiraille à chaque fois que j’enfile ma blouse.

La crainte de contaminer un ou plusieurs résidents.
Ces résidents qui auront très peu de chance de résister à ce virus, que je devrais alors accompagner dans leurs derniers instants.

Des résidents avec qui je partage une partie de ma vie, qui subissent déjà un confinement partiel (plus de visites, plus de sorties en groupe), ce qui les obligerait à rester dans leur chambre pendant 15 jours.

Mais cette peur, j’en fais une force pour me rendre plus consciencieux, réapprendre à travailler pour éviter toute contamination, réussir à rassurer et essayer de faire sourire ces résidents dans ces temps difficiles.

Je ne suis pas seul, je travaille en équipe. C’est l’unité qui nous transcende et nous rassemble.

Si seulement mes compatriotes pouvaient transformer leur peur (de manquer, de vivre, de devenir malade…) qui nous paralyse tous en une force de vie.

Pour vivre en société dans la bienveillance, le respect, le civisme.
Nous entraider en prenant soin de nos proches, amis.
En respectant les consignes sanitaires.

Alors moi, je resterai confiné quand je ne travaillerai pas. J’irai faire des courses en prenant juste ce qu’il me faut pour ma famille, et en respectant une distance de sécurité. Je prendrai soin de mes proches.
Et vous ?

Guillaume
Aide soignant
24 mars 2020

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